RetourLes origines de l'église Notre Dame de Bonneville
Comment était l'église de Bonneville avant le 12° siècle ? Il y eut certainement, à l'em placement de l'église actuelle des édifices antérieurs servant au culte, car, même reconstruit au fil du temps, en totalité ou en partie, un édifice religieux consacré restait en général au même endroit. Dans l'enceinte protégée de la motte féodale, dont les traces existaient encore au 19° siècle (voir "Histoire 3"), près du gué de la Calonne, il y eut une église ou une chapelle dite castrale (à l'intérieur du castrum, lieu fortifié) qui servait aux habitants groupés dans leurs ca banes autour du seigneur, tant pour leur travail que pour leur protection, chapelle centre d' une vie religieuse collective, base de ce qui deviendra une paroisse. La pierre étant rare et chère en Pays d'Auge, les édifices, comme le château sur motte, étaient certainement construits à l'économie, d'autant plus que le gué de Bonneville ne devait pas être un lieu de grande richesse ! Ils étaient donc construits en bois, qui ne manquait pas dans les parages, et en conséquence, ils étaient extrêmement vulnérables. Aussi toutes ces constructions du haut moyen-âge (9°- 11° siècle) ont-elles disparues : il ne reste que leur lieu d'implantation. Un édifice en pierre peut avoir été commencé au plus tôt à la fin du 12° siécle époque de la prospérité de la Normandie (1066-1204) aux mains des ducs, descendants de Guillaume le Conquérant, rois d'Angleterre. Grâce à la paix, à l'amélioration des chemins, à l'extension des cultures sur la forêt, même les petites seigneuries comme celle des Louvet s'enrichirent. C'est l'époque où les ordres religieux étaient les meilleurs garants de la vie matérielle et spirituelle : Ceux qui possédaient quelques biens leur confiaient tout ou partie de leurs richesses pour, en rémission de leurs péchés ainsi rachetés, gagner le Paradis ; c'est pourquoi de nombreuses terres et ce qu'elles rapportaient furent données aux monastères ; beaucoup de seigneurs partant pour la croisade ou une expédition lointaine (les Normands en Sicile) faisaient ces offrandes au cas où ils ne reviendraient pas de leurs aventures pour que leur salut soit assuré. Vers les années 1160, Henri Louvet fit ainsi don d'une partie de son territoire situé sur la hauteur bien au dessus du gué, près de la Fontaine au Duc où se trouvait une chapelle dite de Saint-Martin de Montfouqueran (actuellement le lieu-dit "le Prieuré") avec des terres avoisinantes, don fait à l'abbaye de Sainte-Barbe-en-Auge et ceci, disent les chroniques, de façon très solennelle, car en présence du roi d'Angleterre, duc de Normandie, Henri II Plantagenet. L'histoire a oublié les raisons d'Henri Louvet, mais il est certain que sa petite communauté passa par cette donation sous la protection de l'ordre prestigieux de Sainte Barbe d'Ecajeul. L'abbaye de Sainte-Barbe-en-Auge située à Saint Martin d'Ecajeul (près de Mézidon) appartenait à l'ordre des Chanoines Réguliers de Saint Augustin. Il y avait alors deux sortes de chanoines, ceux qui formaient le "chapître" des cathédrales et dépendaient directement des évêques, et ceux qui suivaient des règles monastiques et dont le principal but était la formation des prêtres pour la desserte des églises paroissiales. Telle fut donc la mission des chanoines de Sainte-Barbe dont le monastère avait été fondé par Robert Stigand, seigneur de Mézidon, ayant rapporté de la croisade des reliques de la sainte qui avait guéri son frère. Ce prieuré fut affecté en 1055 aux Chanoines Réguliers de Saint Augustin par charte confirmée en 1058, puis en 1128 par Henri Ier, roi d'Angleterre. Au moyen-âge le monastère était fort important (34 chanoines en 1254) et extrêmement célèbre en Normandie, très riche grâce aux dons, il avait des terres jusqu'en Angleterre. Avec son église romane dans la lignée des grandes abbayes de Caen reconstruite au 14° siècle, des bâtiments superbes un peu plus tardifs, l'abbaye de Sainte Barbe était renommée comme un des joyaux de la province. Malheureusement il n'en reste rien si ce n'est un mur d'enceinte et une grange, et c'est maintenant une simple ferme. Vendus à la révolution, les bâtiments ont servi de carrière de pierres qui ont été amplement utilisées à la construction des maisons de Mézidon au 19° siècle. C'est sous cette tutelle prestigieuse qu'Henri Louvet plaça son domaine du Mont Fouqueran et un peu plus tard, vers 1258, un autre Henri Louvet donna de plus à Sainte Barbe le droit de présentation à la cure de Sainte Marie de Bonnevillette (ainsi était souvent nommée Bonneville la Louvet avant la révolution) donc les chanoines prirent en charge le site paroissiale dans le courant du 13° siècle et firent construire l'église actuelle .
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